Amélie Laurence Fortin | Exposition automne 2026
Cet automne, Sporobole accueille en grande première la plus récente exposition d’Amélie Laurence Fortin!
Apis Mellifera Concerto
Apis Mellifera Concerto d’Amélie Laurence Fortin est une installation sonore, sculpturale et vidéographique qui plonge dans les recherches sur l’intelligence comportementale des abeilles. Réalisée à la suite d’une résidence à Sporobole dans le cadre du Chantier IA (cohorte sonore) en 2025, elle propose d’approfondir la réflexion autour de questions relatives au langage du vivant humain, du vivant non-humain et de l’intelligence artificielle (IA).
Les avancées technologiques des récentes décennies ont favorisé la mise en place de méthodologies scientifiques non interventionnistes dans la recherche sur le monde du vivant; cette dernière tend désormais à s’extraire d’une vision anthropocentriste du monde. En ce sens, comme la collecte massive et l’analyse de données comptent maintenant parmi les approches privilégiées par la recherche, le développement accéléré des technologies en IA place l’apprentissage machine en tant qu’avenue incontournable dans l’étude comportementale du vivant. En informatique, les scientifiques ont reproduit les réseaux neuronaux de l’abeille pour concevoir des systèmes computationnels. Dans le domaine de l’IA, la recherche s’inspire de son efficacité énergétique pour développer des réseaux compacts car, contrairement aux LLM (Large Language Models), l’abeille démontre qu’un petit réseau de neurones suffit pour développer des capacités cognitives avancées. Enfin, le processus de navigation autonome imite le repérage visuel des insectes pour guider dans l’espace les robots ou les véhicules sans cartographie lourde. De ce point de vue, les abeilles agissent un peu comme un miroir vivant de nos systèmes informatiques automatisés idéalisés.
Au 20e siècle, le professeur allemand Karl Von Frisch a découvert que les abeilles se communiquent entre elles, et avec une grande précision, les localisations de champs de fleurs grâce à la danse (en rond et frétillante). Par cette découverte — qui lui a valu un prix Nobel en 1973 —, le chercheur a pu démontrer que les abeilles avaient un langage comportemental complexe basé sur la trigonométrie et, qu’ainsi, l’humain n’était plus le seul porteur d’outils de communication navigationnelle et d’informations stratégiques. L’éthologiste Martin Lindauer, étudiant de Von Frisch, a ensuite développé une méthodologie d’étude des individus dans un essaim qui lui a permis d’observer des traces de démocratie chez les abeilles. Les recherches sur le système démocratique des abeilles se sont consolidées grâce aux travaux de Thomas D. Seeley de l’Université Cornell aux États-Unis. Le biologiste a prouvé avec certitude que les abeilles, tout comme l’humain en groupe, ont développé une méthodologie de prise de décision logique fondée sur le consensus.
Après un échange avec Thomas D. Seeley, l’artiste a obtenu l’autorisation de travailler à partir de ses recherches. La démocratie, après tout, est peut-être un des sujets de conversation les plus intéressants à aborder dans le contexte commercial de l’IA – lequel fait miroiter l’idée que liberté est synonyme d’absence de tension. Pourtant, la démocratie, comme la création, nécessite une importante part de friction pour stimuler la réflexion.
En binôme avec Renaud Gervais, développeur créatif à Sporobole, Amélie Laurence Fortin a créé un instrument sonore génératif et comportemental qui reproduit chaque étape du processus de prise de décision démocratique chez les abeilles à miel lorsqu’elles divisent la ruche pour en chercher une nouvelle. Cet instrument biomimétique, capable de générer une orchestration d’un ensemble vivant et en mouvement, a bénéficié des récentes avancées en IA et en développement logiciel agentique pour permettre une exploration rapide et robuste de plusieurs médias et modalités expressives. Les mouvements des abeilles dans l’espace entre la ruche et les sites d’investigation de même que les danses qui servent à communiquer leurs intentions de vote deviennent ici une véritable partition de leur système démocratique. Ces différents aspects comportementaux cohabitent comme des couches de langages solidaires rendus visibles à travers une spatialisation sonore. C’est pourquoi l’installation proposée est ambisonique et invite le public à se déplacer dans l’espace pour examiner, à son tour, le territoire conceptuel.
L’installation comprend aussi une composante vidéo qui présente une colonie d’abeilles filmées en macro. La magnification ainsi provoquée par la modification d’échelle des insectes fait de cet élément vidéographique contemplatif une ode au mouvement, au vivant dans son désordre organisé; il nous rappelle aussi que l’individu est indissociable de la collectivité.
Crédits :
Direction de la photographie : Emiko Okime
Interprétation au violoncelle : Michał Bromboszcz
Programmation et soutien technique : Renaud Gervais
Remerciements :
Nathalie Bachand, Vicky Chainey Gagnon et toute l’équipe de Sporobole, Tim Landgraf, Freie Universität, Berlin, Joana Szymajda et Teatr Wielki w Łodzi – Opera Łódzka, Laura Elena Del Olmo Frese et le Museo Nacional de Antropología (México), Maciek Berski, Caroline Landau, Paweł Kamiński


