Chantier IA 3 | Appel à projets
Énoncé commissarial
[…] les ensembles de données définissent les limites épistémiques qui régissent le fonctionnement de l’IA et, en ce sens, créent les limites de la façon dont l’IA peut « voir » le monde.
[…] datasets shape the epistemic boundaries governing how AI operates and, in that sense, create the limits of how AI can «see» the world.
Kate Crawford, Atlas of AI, 2021, p.98
Après avoir accueilli 19 artistes en résidence, réalisé trois expositions et plusieurs activités de médiation entre 2023 et 2025, Sporobole revient, pour 2026, avec un troisième appel à projets dans le cadre du Chantier IA!
L’intelligence artificielle (IA) ne semble pas prête de disparaître de nos vies—on pourrait même dire : pour le meilleur et pour le pire. Elle s’entremêle littéralement au vivant, que ce soit sous forme d’assistant.e Siri ou Alexa, à travers nos recherches Google que vient compléter Gemini et celles que nous formulons sur ChatGPT, ou simplement à travers nos autocorrecteurs, prédicteurs rédactionnels et autres algorithmes Spotify ou Netflix.
Nous constatons aussi, plus récemment, une démultiplication des applications d’IA générative, autant pour le texte et l’image que la vidéo et le son. Grâce à son aptitude à générer de la nouveauté à partir de son réseau de neurones entraîné sur de vastes jeux de données, notamment accessibles en ligne, ce type d’IA hautement polyvalente a la capacité de devenir, très vite, une alliée au quotidien. Et son omniprésence n’est pas étrangère à son accessibilité via les logiciels—parfois gratuits—d’IA génératives, en ligne ou non.
Par ailleurs, l’ambition commerciale des IA génératives s’accompagne de contraintes liées à l’obligation de plaire au plus grand nombre, ce qui engendre une certaine uniformisation des esthétiques. Le manque d’adéquation entre les visées consensuelles de ces modèles commerciaux et les objectifs généralement poursuivis par les artistes peut ainsi devenir problématique dans le contexte d’une pratique artistique, et mener à un appauvrissement du langage visuel.
EXPLORER L’APPRENTISSAGE MACHINE
En réponse à ce défi, mais aussi parce que nous souhaitons élargir l’horizon des expérimentations en intelligence artificielle, ce nouvel appel à projets encourage les artistes à explorer la personnalisation de modèles d’IA.
Cette orientation peut prendre deux formes distinctes dans le contexte de la résidence. La première est l’entraînement de modèles de petite taille – une approche qui permet de travailler avec des systèmes moins gourmands en ressources et qui s’intègrent au monde tangible, par exemple dans un système interactif. La seconde est la spécialisation de modèles existants (aussi connue sous le nom de fine-tuning), où un artiste prend un modèle général et l’adapte avec un jeu de données de dimension gérable, pour lui donner une nouvelle orientation artistique.
L’objectif avec cet appel est de favoriser une perspective qui parle des possibilités du médium, une approche expérimentale axée sur le processus plutôt que le résultat, orientée vers la recherche de comportements émergeants. En faisant un pas en dehors de la logique d’utilisateurs de modèles, cette résidence se veut un contexte où il est possible de travailler au-delà du prompt. Nous proposons ainsi de ne pas se limiter aux modèles d’IA génératives et d’ouvrir vers des stratégies de réappropriation : modifier le comportement des modèles existants et en développer de nouveaux figurent parmi les possibilités offertes. Il s’agit également de valoriser une approche critique de l’IA.
Cette résidence est aussi l’occasion de se tourner vers des jeux de données éthiques, artisanales, ouvertes ou communautaires, issues des sciences citoyennes par exemple. Plus concrètement, le projet proposé devra comprendre une composante d’entraînement ou de spécialisation de modèle d’IA. Qu’il s’agisse d’un aspect isolé d’un projet plus large ou de la base même de la proposition, cette dimension d’apprentissage machine doit être explicité dans l’intention de recherche, de même que la posture envisagée concernant le type de données et leur provenance.
S’AVANCER VERS LE VIVANT
En résonance avec l’ampleur de l’intrication de l’IA dans nos vies quotidiennes et du niveau d’interrelation que nous entretenons avec elle, ce nouvel appel à projets est également orienté vers la notion de vivant. Il faut ici comprendre le vivant au sens large, et non pas seulement dans son acception biologique. On peut par exemple penser à la question des jumeaux numériques ou aux concepts de simulation, d’altérité et d’écosystème. L’idée du synthétique versus le naturel pourrait aussi être une piste de recherche fertile ou encore tout projet, ou composante de projet, s’inscrivant dans la tradition du bio art. Notre époque étant en voie de devenir le théâtre d’importants bouleversements environnementaux, nous souhaitons accueillir et accompagner des projets qui réfléchissent à des enjeux actuels où le vivant est mis en cause, pris en considération, intégré à l’équation algorithmique.
Avec ce troisième Chantier IA, Sporobole est enthousiaste à l’idée de stimuler la création artistique—tant émergente que confirmée—et d’offrir un soutien essentiel aux artistes pour lesquels les technologies sont des outils privilégiés. Nous mettons aussi de l’avant, à travers l’accompagnement de nos experts et spécialistes—programmeurs et développeurs—, un parti-pris pour la co-construction des connaissances et le partage des savoirs. En ce sens, les projets représentant un certain défi technologique sont toujours de bonnes nouvelles de notre côté de l’interface.
En conclusion : nous avons très hâte de découvrir vos propositions et projets!

modalités et termes des résidences
Nous proposons deux formules de résidences pour la réalisation des projets (les artistes doivent en sélectionner une dans le formulaire de candidature) :
- en mode résidence individuelle;
- en mode résidence autour de la forêt-laboratoire Km3 du centre Bang à Saguenay.
Spécificités des formules :
Deux résidences individuelles aux termes suivants :
- une durée de huit (8) semaines divisées en trois blocs;
- un cachet de résidence, incluant l’indemnité quotidienne (per diem), de 950$ par semaine pour un total de 7600$;
- le remboursement des frais de transport provinciaux pour un équivalent de trois (3) allers-retours au coût de l’autocar (pour les applications hors-québec, une enveloppe de 750$ au total pourra être considérée);
Une résidence en collaboration avec le centre Bang de Saguenay selon les modalités suivantes :
- réalisée dans le cadre du projet JN Km3 (sur l’idée de jumeau numérique et avec pour objet la forêt de Km3 ou des éléments de celle-ci);
- une durée de huit (8) semaines, divisée en trois ou quatre blocs, dont certains à Km3;
- un cachet de résidence, incluant l’indemnité quotidienne (per diem) , de 950$ par semaine pour un total de 7600$;
- le remboursement des frais de transport provinciaux jusqu’à concurrence de 850$ (y compris pour les applications hors-Québec);
- un accompagnement dans la forêt-laboratoire Km3 par l’équipe du centre Bang et la mise en relation avec les artistes et partenaires réguliers du projet.
Termes pour l’ensemble des résidences :
- hébergement dans les résidences de Sporobole;
- frais liés aux outils et aux infrastructures technologiques pris en charge par Sporobole (jusqu’à une certaine limite);
- accompagnement par l’équipe technologique de Sporobole tout au long de la résidence (minimum de 25 heures par semaine).
Envoyez votre dossier via ce formulaire : Chantier IA 3 – Vers le vivant – appel à projets de résidences
Nouvelle Date limite pour soumettre un dossier : 28 novembre 2025
DES QUESTIONS? CONTACTEZ-NOUS : [email protected]
À propos de la forêt-laboratoire Km3 et du projet de jumeau numérique
Km3 :
Kilomètre cube (Km3) est le territoire laboratoire du centre d’art actuel Bang. Une forêt de recherche création de 1700 acres au cœur du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Un lieu où se croisent nature, art, science, santé et éducation dans un contexte de réflexions et d’expérimentations sur les enjeux du vivant.
JN Km3 :
Un jumeau numérique est une représentation virtuelle d’un objet, d’un système ou d’un environnement du monde réel, permettant la modélisation, la simulation et la gestion en temps réel, utilisé dans divers domaines tels que l’industrie, l’ingénierie et la recherche. Les limites du concept de jumeau numérique deviennent apparentes lorsqu’il est appliqué à des environnements vivants tels qu’une forêt ou un territoire naturel qui sont des écosystèmes complexes en perpétuelle évolution, caractérisés par des interactions imprévisibles entre divers facteurs. Cet aspect utopique lié à la création d’une représentation numérique d’un système d’une telle complexité représente un territoire d’exploration et d’invention artistique fertile, critique et stimulant.
À propos de Sporobole
Sporobole est un organisme qui explore les enjeux que posent les technologies numériques pour la création artistique et l’écosystème qui la soutient. En plaçant la création artistique indépendante au centre de ses actions, le centre ouvre des espaces de réflexion, d’expérimentation, de production et de diffusion qui donnent voix et corps aux personnes qui constituent le cœur de l’écosystème artistique. Les actions de Sporobole touchent tout autant la recherche et l’exploration artistique que l’accompagnement et l’autonomisation technologiques des artistes et des organismes culturels.
Le studio de Sporobole constitue le principal espace d’expérimentation, de production et de réflexion artistique de notre organisation. Son équipe cumule plus de 30 ans d’expérience en recherche et développement dans le monde artistique, technologique, académique et des médias interactifs. Il accueille des artistes en résidence de recherche-création pour des périodes de quelques semaines à plusieurs mois et les accompagne à toutes les phases du projet : réflexion, expérimentation, prototypage, production et distribution.
Pendant toute la durée du cycle 24-26, Sporobole produira une série d’expositions autour de l’IA et des manières dont elle impacte nos sociétés. Diverses perspectives seront ainsi explorées tout en mettant à l’avant-plan le potentiel artistique de ces outils. Le cycle se conclura par la sortie d’une publication – comprenant notamment des essais, des entrevues et un retour sur les résidences – présentement en cours de réalisation. Le Chantier IA s’intègre dans le laboratoire ArtIA qui réunit Sporobole, la SAT (Société des arts technologiques), Projet Collectif et le LLio (Laboratoire en innovation ouverte) dans un programme de réflexion et de recherche-action sur les enjeux de l’IA pour le milieu artistique.
Équipe Chantier IA :
Renaud Gervais
Guillaume Lévesque
Nathalie Bachand
Éric Desmarais
Yan St-Onge
Expositions :
2023 – I########### A###########
2024 – Sous la surface : une étude Solaristique
2025 – Cartes blanches & mémos pour le futur

