Point d’ouïe #6 : 𝐼𝑀𝑀𝐸𝑅𝑆𝐼𝑂𝑁𝑆 𝑄𝑈𝐴𝑁𝑇𝐼𝑄𝑈𝐸𝑆
Billet : 20$
Ouverture des portes : 19 h
Début des représentations : 19 h 30
Cette soirée de performances clôturera un programme de résidences issu d’une collaboration entre l’Institut Quantique (IQ) de l’Université de Sherbrooke, le centre Sporobole à Sherbrooke et la Société des arts technologiques (SAT) à Montréal.
Réunies sous le titre Immersions Quantiques, les résidences et la diffusion de leurs résultats ont pour but d’explorer diverses manières d’aborder artistiquement les sciences et technologies quantiques. Pour éviter l’instrumentalisation réciproque entre les arts et les sciences – un risque auquel toute initiative arts-sciences doit faire face – la démarche favorise les résonances entre les deux domaines. Faisant écho au principe de l’interférence constructive – phénomène par lequel des ondes alignées s’amplifient – le projet explore comment les résonances entre l’art et la science peuvent créer des expériences plus intenses et révéler de nouvelles dimensions de compréhension.
Principalement financé par les Dialogues quantiques, une initiative de l’IQ, Immersions Quantiques a permis à trois compositrices – Erin Gee, France Jobin et Jessica Moss – de s’immerger dans l’environnement de recherche de l’IQ et d’échanger avec un éventail de chercheurs et chercheuses au cours de quatre micro-résidences en 2024 et 2025. Chacune des artistes aborde les résonances entre les arts et la science à travers sa propre perspective et sa propre sensibilité pour développer une manière spécifique d’intégrer les découvertes faites au cours de ce processus dans sa propre pratique musicale.
Dès le départ, l’approche curatoriale, menée par Pia Baltazar, s’est appuyée sur l’épistémologie queer de la physique quantique proposée par læ professeur Barad. Selon sa perspective, la physique quantique a provoqué une profonde remise en question des principes fondateurs de la représentation classique – enracinée dans la géométrie euclidienne et la mécanique newtonienne –, non seulement dans le domaine de la physique, mais aussi dans notre compréhension des rouages de la connaissance et de la nature même de la réalité. Cette remise en question a porté selon ellui un coup fatal à l’idée que les formes classiques de représentation pourraient être adéquates pour transmettre la compréhension spécifique du temps, de l’espace et de la matière introduite par la physique quantique. Ainsi, le projet part de ce constat pour se concentrer sur la manière dont la musique enchevêtre le temps, l’espace et la matière dans sa propre logique mystérieuse. Cette dernière s’affiche comme un médium aussi fluide et insaisissable que le monde quantique auquel elle cherche à faire écho.
L’entrelacs entre matière et espace sera exploré en particulier à l’aide de techniques et de méthodologies d’immersion sonore qui s’appuient sur le projet de recherche Scénophonie, une collaboration entre la SAT et Sporobole, et qui s’harmonisent avec l’expérience des soirées Points d’ouïe de Sporobole dans le cadre desquelles seront présentées les performances des trois compositrices . Elles présenteront l’état actuel de leur démarche de recherche et de création, dont la présentation finale est prévue à la SAT l’automne 2026 à l’occasion de la production Structures of Nothingness.
Dans Teleport, Erin Gee utilise des technologies de biofeedback pour transformer en temps réel des signaux physiologiques (rythme cardiaque, respiration, conductance de la peau) en sons électroniques inspirés des technologies quantiques et des Qubits. S’appuyant sur la téléportation quantique et les idées de la physicienne Elizabeth Rauscher, elle conçoit l’émotion comme une donnée quantique transmissible par des fréquences sonores et des états de pleine conscience. Sa voix guide l’audience à travers des superpositions psychologiques en mobilisant des techniques issues de l’ASMR, de l’hypnose et du placebo. Par le biais de sons et de lumières, elle induit des états altérés de sensibilité et d’attention. Teleport explore ainsi les croisements entre corps humain, informatique affective et médias numériques, replaçant l’émotion dans une perspective issue de la logique quantique.
The fluctuation of emptiness est une performance d’art sonore de France Jobin qui explore les principes de l’informatique quantique par le biais de l’expression sonore. En interprétant le comportement des électrons et leurs états quantiques, la performance traduit le fonctionnement abstrait des algorithmes quantiques en un paysage sonore immersif et évolutif. Des éléments clés tels que les paires d’électrons stables – les paires de Cooper – BCS (paysage sonore), les erreurs quantiques (synthèse analogique modulaire) et les fluctuations du vide sont tissés dans la performance renforcée par des techniques de spatialisation inspirées par « l’adressage multiplexé des Qubits ».
Jessica Moss présentera de nouveaux matériaux musicaux tirés de son prochain album intitulé Unfolding. Dans le cadre de ses recherches Sporobole/SAT/IQ, elle a exploré le concept de cohérence : dans l’expérience humaine, il s’agit d’un état harmonieux et unifié qui transcende les éléments individuels; en physique quantique, c’est l’état synchronisé des particules quantiques dans lequel leurs fonctions d’onde s’alignent de telle sorte qu’elles se renforcent mutuellement.
En tant que musicienne de tournée, Moss a observé au fil du temps que certains éléments musicaux semblent toujours résonner avec une expression émotionnelle très profonde de la part du public. Cela l’a amenée à explorer, tant sur les plans artistique que politique, le pouvoir (et avec lui, la responsabilité) que l’interprète peut détenir lorsqu’il ou elle crée consciemment une telle expérience c’est-à-dire une expérience qui vise à transcender l’individualité en un état collectif. Sa performance à Sporobole sera sa première incursion dans l’utilisation du son spatialisé comme vecteur de cette expérience.
Commissariat et coordination art-science
Pia Baltazar est compositrice intermedia, chercheuse indisciplinaire et directrice du développement arts-sciences à la Société des Arts Technologiques de Montréal (Québec, Canada). Issue d’une triple formation en ingénierie, en philosophie de l’art et en composition musicale, sa démarche de recherche artistique et technologique se développe depuis plus de vingt ans à l’intersection du design interactif et de la production artistique. Elle s’intéresse en particulier aux possibilités créatives des rencontres entre les sens (vision, ouïe, toucher…) et à l’implication du corps et du geste dans le processus de création.
Dans son rôle de directrice du développement arts-sciences à la SAT, elle est en charge du développement de collaborations et de partenariats innovants avec les communautés artistiques et académiques locales et internationales. Elle cherche en particulier dans ce cadre à développer des projets arts-sciences et à mettre en place des processus de recherche-création dans les milieux de pratique artistique.
Crédit photo : Pía Baltazar


