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Balado | Sporobole : chroniques d’un centre d’artistes

Ce printemps, on présente notre tout nouveau balado intitulé Sporobole : chroniques d’un centre d’artistes!

Le premier épisode est en ligne!

PRÉSENTATION DU BALADO

Au début des années 1970, alors que l’écosystème artistique du pays est peu favorable à la diffusion des pratiques d’avant-garde, des collectifs d’artistes mettent sur pied les centres d’artistes autogérés en marge du marché de l’art. En plus d’offrir des espaces de création et d’exposition, et diverses ressources matérielles et intellectuelles, ces lieux avaient la particularité d’être gérés par les artistes mêmes. Si les années 1990 constituent l’âge d’or des centres d’artistes – plus d’une centaine d’organismes incontournables dynamisent le paysage culturel –, les premières décennies du 21e siècle s’affichent plutôt comme une période de remise en question. Aujourd’hui, la soixantaine de centres qui bénéficient d’un financement continu entre dans une période de renouveau provoquée par une compétition croissante pour l’obtention des subventions, l’essor des technologies numériques et l’arrivée de l’industrie créative dans le paysage artistique.

Par sa position géographique singulière – éloignée des grands centres tout en restant facilement accessible – l’Estrie fait face à différents enjeux artistiques propres à certaines régions de la province. Ce balado propose de retracer le parcours de Sporobole, fondé en 1973 en tant que Regroupement des artistes des Cantons de l’Est (RACE), afin d’éclairer un pan de l’histoire de l’art et, en particulier, des centres d’artistes du Québec. À partir de divers documents d’archives, de témoignages et d’entrevues avec des artistes et des gens du milieu culturel impliqués dans l’organisme, les quatre épisodes décortiquent les activités du centre pour comprendre sa place et son apport non seulement dans le milieu culturel estrien, mais aussi dans l’écosystème artistique québécois.

La création de ce balado a été rendue possible grâce à l’appui financier du Conseil des arts et des lettres du Québec.

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1973-1983 : Les artistes s’organisent! De la naissance du Regroupement des artistes des Cantons-de-l’Est à l’ouverture de la galerie Horace

La première décennie d’existence du Regroupement des artistes des Cantons-de-l’Est (RACE) est conviviale : en l’absence d’un musée d’art ou d’un réseau de galeries commerciales à Sherbrooke, les artistes se regroupent et forment une communauté afin de se donner les moyens de s’exprimer collectivement et de défendre leurs intérêts. Rapidement, les activités liées aux expositions s’étendent à travers la région, tant dans des lieux artistiques reconnus, comme le Centre d’arts Orford, que dans des endroits inusités, comme l’hôtel de ville et la Caisse populaire de l’est à Sherbrooke. Grâce au budget des activités culturelles et de loisirs de la Ville de Sherbrooke, les artistes mettent d’abord sur pied un atelier de gravure sur la rue Kitchener en 1974 qui fonctionne à plein régime dès son ouverture, puis un atelier de photographie. De plus, diverses expositions qui réunissent des œuvres des membres font l’objet de tournées dans les centres culturels de la région. En s’ajoutant comme nouvel acteur dans le paysage artistique, le Regroupement participe non seulement à faire connaître au public un art d’avant-garde, mais aussi à redessiner les contours de l’écosystème régional en place.

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1983-1996 : Vers une reconnaissance

En 1983, la difficile reconnaissance artistique du RACE dans les Cantons-de-l’Est pousse ses membres à faire une demande de subvention pour créer leur propre lieu d’exposition. Avec les 13 000$ obtenus, les artistes fondent la galerie Horace, au 906 rue King Ouest, qui réussit à attirer un public curieux face aux pratiques « expérimentales » de l’époque. Malgré les développements, des frictions apparaissent bientôt au sein du Regroupement en raison de l’augmentation des subventions qui permettent à la galerie de générer plus de projets et de revenus.

D’importantes expositions sont organisées durant cette période, notamment Art et écologie (1987) ou encore Big Bang III de Georges Dyens (1990). Ces projets révèlent la capacité des membres du Regroupement à intégrer un large éventail de pratiques artistiques actuelles. En 1983, le Centre culturel de l’Université de Sherbrooke accueille l’exposition du 10e anniversaire; en 1993, le Musée des beaux-arts de Sherbrooke présente l’exposition du 20e anniversaire assortie d’un catalogue.

En 1990, le Regroupement acquiert une certaine légitimité artistique et professionnelle grâce au financement du Conseil des arts et des lettres du Québec. En 1991, le Regroupement déménage au centre-ville au 74 rue Albert, un édifice de trois étages doté d’une véritable galerie de 1320 pieds carrés.

À venir

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1996-2014 : Turbulences et restructuration : Horace fait place à Sporobole

En 1996, une opportunité se présente : le Regroupement acquiert l’immeuble du 74 rue Albert au moyen d’un prêt négocié en privé avec le propriétaire. Le bâtiment est ensuite rénové sous la direction de l’artiste Luc St-Jacques. À cette époque, la programmation est impressionnante. Jusqu’à vingt expositions sont présentées annuellement dans les deux salles distinctes de la galerie. Des ateliers d’artistes au deuxième étage sont loués aux membres et aux non-membres, et un studio multifonctionnel est créé au troisième étage. En 2002, l’artiste en résidence André Fournelle conçoit la croix sur la façade de l’édifice lors d’une performance de fonderie documentée sur vidéo par Télé-Québec.

En 2006-2007, le centre connaît des difficultés financières. Avec l’aide de la « brigade volante » du Conseil des arts du Canada, une subvention est accordée pour l’embauche de deux spécialistes responsables d’effectuer un diagnostic pour déterminer comment le Regroupement peut moderniser son mandat et renouveler ses orientations. Malgré cela, le problème de financement persiste et la fermeture du centre est imminente.

À la suite d’un changement de conseil d’administration, le Regroupement et sa galerie Horace deviennent Sporobole en 2009.

À venir

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2014-aujourd’hui : chantiers de recherches et soutien aux milieux culturel et sans but lucratif

Synonyme de ténacité, Sporobole affirme rapidement sa spécialisation dans les arts numériques. Le centre lance d’abord le festival Espace [Im] média, qui a lieu aux deux ans, puis au trois ans jusqu’en 2019. Il développe ensuite des partenariats avec l’Université de Sherbrooke qui mènent à un programme d’études supérieures spécialisées (DESS) et à une série de résidences à long terme, Interface : Art/Science. À la même époque, un studio de son, un laboratoire d’impression et des espaces de résidence d’artistes sont aménagés de façon permanente dans l’immeuble du 74 rue Albert. L’organisation met sur pied une série de projets de recherche et d’exploration artistique d’une durée de trois ans, dont le Projet ArtIA qui englobe le Chantier IA, qui consolident sa réputation de centre d’innovation et de recherche dans le domaine des arts numériques.

Des changements majeurs dans le modèle organisationnel de Sporobole s’opèrent avant la pandémie avec la création de 0/1 – Hub numérique, une branche de services de soutien technologique aux artistes et aux organisations du milieu culturel. Aujourd’hui, l’équipe de Sporobole compte dix-sept personnes et le modèle d’affaire s’affiche à contre-courant du sous-financement chronique qui tue le secteur. Un chapitre dédié au modèle organisationnel distinct de Sporobole a été publié dans l’ouvrage collectif L’Esprit entrepreneurial des artistes à l’ère numérique (Éditions JFD, 2022).

À venir