Création et production

Fictions d’IA | Chantier IA

C’est avec grand bonheur que Sporobole accueille les artistes du volet Fictions d’IA du Chantier IA! Maude Jarry, Tamara Krpic, Nicolas Rochette, Christiane Vadnais, Clément de Gaulejac, Mathilde Houisse, Aurélie Lemaire et Alexandre Roy interrogeront les pratiques en littérature et en illustration à travers les enjeux que sous-tend l’intelligence artificielle (IA).

L’intelligence artificielle générative a intensivement occupé l’espace médiatique ces derniers mois. Les avancées technologiques qui ont porté l’IA à l’avant-plan de l’attention générale – ChatGPT, Gemini ou autres LLMs et algorithmes génératifs qui produisent des images, des sons, des vidéos, des textes ou du code – l’ont rendu si présente, tant dans l’imaginaire que dans sa dimension concrète, qu’il est maintenant difficile de regarder en arrière et d’envisager une réalité pré-IA.

Au cœur de cette révolution technologique et de ce renversement de paradigme, des sentiments mitigés teintent nos postures, quelles qu’elles soient. Même si l’ensemble de l’écosystème artistique – des regroupements aux organismes culturels en passant par les artistes indépendant·es –, semble être touché par cette mutation technologique, certains secteurs pourraient vivre d’importantes crises sur différents plans : refonte du modèle d’affaires, changement dans la captation de valeur, déplacement de la légitimité, voire redéfinition de l’œuvre d’art. Malgré tous les procès en cours, un avenir artistique sans IA générative nous semble de moins en moins envisageable. Au mieux, de grandes « ententes » se scelleront entre les entreprises et les ayants droits, assurant à ces derniers, en toute légalité, une somme symbolique au nom du respect du droit d’auteur, comme le fait Spotify, par exemple. Au pire, des exceptions légales concernant l’utilisation d’œuvres protégées pour l’entraînement de modèles d’IA seront mises en place; certains pays envisagent de le faire prochainement. Il est donc essentiel et urgent que la communauté d’artistes développe des connaissances critiques sur ce que les systèmes d’IA peuvent et ne peuvent pas faire, et se penche sur l’usage qu’elle souhaite, ou non, en faire. En bout de ligne, elle doit surtout participer activement à définir ce que pourrait être un monde où l’art a dû négocier sa place et son rôle avec les IA génératives.

Participer à construire notre relation à l’art sous l’influence de l’IA

C’est avec l’objectif d’ouvrir un tel espace de réflexion critique, d’exploration et d’expérimentation que Sporobole a lancé en 2024 le Chantier IA. La première année du Chantier a permis à une dizaine d’artistes de partout au Québec d’explorer les outils d’IA, leurs potentialités, leurs limites et d’identifier les impacts qu’ils pourraient avoir sur leur pratique dans le cadre de résidences d’expérimentation de 4 à 10 semaines. Une première collaboration avec le Département de communication de l’Université de Sherbrooke a aussi permis de poser un regard critique et réflexif sur l’influence de l’IA dans le processus créatif. La deuxième cohorte d’artistes achève son programme de résidences; il s’agit encore une fois de plus d’une dizaine d’artistes, qui proviennent des arts visuels, de la musique, de la danse et du cinéma qui se sont installé·es dans nos laboratoires pour réfléchir et explorer individuellement et collectivement les impacts des IA sur leurs pratiques.

Soutenir l’encapacitation en littérature et en illustration

À la lumière de nos projets de recherche, deux secteurs nous semblent plus profondément touchés par ces technologies que ceux cités plus haut. Ils n’ont pas été approchés volontairement lors de nos précédents appels parce que, d’une part, ils méritent probablement une approche particulière et, d’autre part, la crise s’y fait déjà fortement sentir. Il s’agit de l’illustration et de la littérature, deux domaines dont les matières d’expression de base, le texte et l’image, sont facilement produites aujourd’hui par la majorité des IA générative. La question des IA dans ces secteurs est explosive. Elle touche les socles de l’identité, de la valeur, des conditions du faire œuvre en art.

Afin de fournir un espace où ces artistes se sentent en sécurité et où l’attention est mise davantage sur la réflexion critique plutôt que sur l’exploration technique des outils d’IA, Sporobole a décidé d’offrir des résidences adaptées à ces deux secteurs.

Création d’oeuvres sous la forme de fictions d’IA et débat public autour du rapport IA-Art-Artiste

Pour ce faire, nous avons développé une collaboration avec les professeurs Julien Pierre et Dany Baillargeon du Département de communication de l’Université de Sherbrooke afin de structurer et de concevoir une résidence qui se déroulera en grande partie sous une méthodologie de design fiction par laquelle la création d’œuvres spéculatives permettra d’aborder simultanément le rapport des artistes aux IA et à l’art dans un contexte où l’IA serait largement répandue. Le résultat de cette création sera présenté sous la forme d’une exposition-débat avec le grand public en juin 2026.

Soutenu financièrement par le Conseil de la recherche en sciences humaines (CRSH), le projet propose ainsi d’inviter huit artistes à imaginer le futur de leur profession dans 25 ans dans un monde où les technologies de l’IA occuperont une place importante. Les artistes auront accès à des ateliers d’exploration des outils IA afin de mieux comprendre leur fonctionnement, leurs potentialités et leurs limites dans les laboratoires de Sporobole et ainsi incarner dans la pratique la réflexion critique. Les degrés de collaboration avec les IA seront documentés dans un journal de bord.