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MORT AU BUREAU | PASCALE LEBLANC LAVIGNE

PASCALE LEBLANC LAVIGNE
28.10 — 25.11 / 2022

Vernissage le 27 octobre 2022 ‑ 17 h

Mort au bureau

Installation cinétique et sonore (2022) 

Pascale LeBlanc Lavigne

 

Au cours des deux dernières années, les espaces de bureau furent désertés au profit du télétravail. Rapidement, plusieurs y ont vu certains avantages : 

Fini les vestons et les pantalons 

Fini les préparations matinales empressées

Fini l’heure passée dans les transports en commun à répondre bénévolement aux courriels du bureau

Fini les gargouillis de bedon gênants dans l’attente impatiente du diner

Fini la culpabilité engendrée par un énième oubli du dit lunch qui se fait encore remplacer par un médiocre Subway

… 

Néanmoins, comme plusieurs en ont fait le constat, ces avantages s’accompagnent entre autres d’une confusion entre la vie personnelle et professionnelle, d’une intensification du travail et d’un certain isolement social. Finalement il nous manque, ce collègue qui faisait du café pour tout le monde à 13h30.

L’installation Mort au bureau est le fruit d’une résidence de création intensive réalisée à Sporobole, dont les prémisses émergent d’un sentiment oscillant entre la joie et le désespoir que soulève le potentiel retour au travail en présentiel. Par l’entremise d’une mise en scène aux couleurs festives, diverses sculptures bricolées à partir d’objets et de mobiliers emblématiques des espaces de travail mettent à l’épreuve leur résistance sous les répétitions brusques de mouvements motorisés. Un bureau renversé, une poubelle tournoyant sur elle-même, une panoplie de post-it actionnée par des moteurs virevoltant dans tous les sens, une brocheuse se fracassant contre le mur, un ordinateur imprimant sans cesse ou un téléphone à la sonnerie insistante, sont quelques éléments propices à cette exploration. 

En parallèle, une partie de l’exposition se trouve délocalisée : à l’aide de caméras de surveillance, la chorégraphie désarticulée de ces fournitures est transmise en direct via un ordinateur de bureau, élément clé – et connecté – de l’installation située à Eastern Bloc, à Montréal. De part et d’autre de la table de travail et au mur, s’animent et se dégradent également des objets et mobiliers propres aux espaces de bureau.

 

Cette exposition est présentée dans le cadre de la 12e édition du festival Sight+Sound, un événement d’Eastern Bloc

À propos du festival :

 

Danser en attendant (la fin du monde)

 

Rassemblant des œuvres qui jouent sur une certaine dualité entre les dimensions festive et critique — qu’il s’agisse de performances, d’installations, d’œuvres de réalité augmentée ou virtuelle, sonores ou vidéos — Danser en attendant (la fin du monde) met à l’avant-plan des propositions qui s’intéressent à une certaine réappropriation de l’espace social mis à mal ces deux dernières années. Si les aléas de notre monde et ses catastrophes ponctuelles peuvent fragiliser ce que nous prenons pour acquis, nous pouvons néanmoins faire un pas de côté, puis un autre, revoir l’enchaînement et restructurer le rythme, repenser la chorégraphie qui est la nôtre — redanser ensemble l’existence et contribuer à la mouvance du monde. 

Cette mouvance, c’est notamment le passage du temps sans retour possible, à travers lequel se déploient de nouvelles perspectives et l’espoir de l’émergence d’une humanité hybride, transformée ; ce sont nos allers-retours d’utopies en dystopies et une inquiétude certaine face à l’état du monde. Cette mouvance est aussi liée à notre omniconnexion, à notre relation aux interfaces — nos nouveaux miroirs, et à notre dépendance aux structures de pouvoir qui les régissent. Puis c’est parfois la solitude dans un environnement (trop) familier, en attente de la fin du monde, ou un espace vacant livré à lui-même lorsque nous n’y sommes plus.

Le programme proposé exacerbe une tension entre un « avant » caractérisé par une insouciance dont on ignorait la teneur même, et un « avenir » dont nous ne sommes pas certain.es qu’il soit digne d’en porter le nom. C’est cette dualité qui est convoquée ici : derrière le festif nouvellement retrouvé et la proximité qui nous a tant manquée, se trouve le danger du déni, d’occulter des préoccupations qui sont pourtant de premier ordre, qu’elles soient écologiques, sociales ou politiques, et qui planent toujours sur le monde avec la même prégnance. 

 

Commissaires : Sarah Ève Tousignant & Nathalie Bachand

 

Crédits photo : François Lafrance