Création et production

Jean Dubois | Chantier IA

Jean Dubois en Résidence individuelle de quatre semaines

Le projet Ces visages qui n’appartiennent à personne vise à découvrir des pistes de création croisant l’intersubjectivité humaine, les identités virtuelles et l’intelligence artificielle générative. Si Jean Dubois a souvent misé sur des rapports insolites entre les spectateurs et des personnages interactifs, il souhaite cette fois entrevoir comment orchestrer une identité collective formée par un ensemble de personnages qui peuvent interagir à l’unisson comme s’ils étaient tous mus par une seule et même voix. Or, y a-t-il quelque chose que toute l’Humanité puisse dire d’une seule voix? Certainement pas, car rien ne peut représenter fidèlement la pluralité de tous les groupes d’intérêts et de toutes les intentions individuelles. Cela dit, peut-on quand même essayer de l’imaginer, particulièrement depuis que certains systèmes d’intelligence artificielle arrivent à assimiler pratiquement l’ensemble du savoir humain pour générer des conversations crédibles, à produire des portraits photoréalistes de personnes qui n’existent pas, à transposer la parole de l’un dans la bouche de l’autre, à bâtir des communautés contrefaites pour influencer l’opinion publique?

Sur le territoire des réseaux numériques, ce que Dubois appelle une « Humanité non vivante » est en train de naître. Ces membres peuvent être générés en masse et synchronisés automatiquement afin de suivre un dessein qui pourrait demeurer insondable, car leur fonctionnement est trop souvent soustrait à la lucidité des humains. Parce qu’elle échappe à notre sensibilité, cette Humanité non vivante se doit donc d’être révélée. Quelle tangente pourrait-elle prendre à l’écart de nos aspirations? Comment pourrait-elle changer l’image que nous nous faisons de nous? Comment exploitera-t-elle nos flux hormonaux, nos biais cognitifs ou nos croyances irrationnelles? L’émergence de l’Humanité non vivante soulève dès lors plusieurs enjeux touchant l’altération de l’authenticité identitaire, les impacts sur la vie privée et la propriété des données personnelles, l’évolution des normes et des interactions sociales, la simulation de la démocratie et la sécurité politique.